samedi 1 avril 2017

Avril 2017



Sans la joie, pas de Charité !





(Extrait de : Traité de la Joie de l’âme chrétienne du Père de LOMBEZ)

La joie est nécessaire à l’homme

    Oui, la joie n’est pas seulement utile, mais encore très nécessaire à l’homme. Comment pourrait-il, sans elle, supporter toute la vie les travaux de la pénitence, vivre dans la solitude, s’il y est appelé, soutenir une guerre continuelle contre les ennemis de son salut ? Comment pourrait-il vivre en paix avec les hommes ? Comment pourrait-il rendre à son prochain les services auxquels la charité l’oblige, et les lui rendre d’une manière à adoucir ses peines et à faire naître dans son cœur des sentiments d’une charité réciproque ? Comment remplirait-il le précepte de saint Paul, qui ordonne d’exercer d’un air joyeux, les œuvres de miséricorde. La joie donne de l’agrément à tout ce qu’on dit, et à tout ce qu’on fait, au lieu que l’amertume du cœur rend tout insipide et ôte presque tout le prix aux plus grands services. Elle gâte le caractère, obscurcit les talents et défigure même l’homme le plus aimable d’ailleurs. Ne m’appelez plus Noémi, c’est-à-dire Belle, disait une sainte femme, mais appelez-moi Mara : car j’ai le cœur plein d’amertume.

   Mettez un homme aux prises avec la mauvaise fortune, et ôtez-lui la joie, vous le jetez dans le dernier malheur, et vous le conduirez peut-être à l’abîme du désespoir. C’est un Antiochus qui perd le sommeil, qui sèche et qui dépérit. Rendez la joie à cet homme, ses idées changent avec la disposition de son cœur. Il considère la brièveté de la vie, le mérite de sa patience, la récompense éternelle que Dieu lui a promise.  C’est un Job qui, tombé du faîte de la fortune, est content et bénit Dieu sur son fumier.

   Ames pieuses, votre vertu m’édifie et je compatis aux terribles sensations que vous devez nécessairement éprouver et que vous éprouvez en effet. Vous avez dû vous préparer ; ces épreuves, lorsque vous êtes entrées au service de Dieu.

   Fili, accedens ad servitutem Dei, sta [...]  et prœpara animant tuam ad tentationem.

   Et déjà vous avez reconnu que la ferme résolution et la confiance en Dieu, avec la joie qu’elles font naître dans le cœur, vous remplissent de force dans les plus violentes secousses de la tempête. Je vous vois dans un nuage épais, qui forme une nuit dans le milieu du jour, tantôt élevées jusqu’aux cieux, tantôt abaissées jusque dans les abîmes, par les différentes impressions des orages et des vents ; tantôt poussées vers le port ; tantôt rejetées par les vagues ; mais votre sérénité et le calme de votre âme déconcertent vos ennemis ; et, la tempête apaisée, vous jouissez d’un repos tout divin. Je vous vois quelquefois craindre, hésiter, trembler, et à ce moment enfoncées dans les eaux ; mais dès que Jésus-Christ parle, et que la joie revient avec la confiance, je vous vois, comme le Prince des apôtres, marcher à pied ferme sur les vagues des tentations soulevées par vos ennemis.

   Rien de plus affligeant qu’une longue et fâcheuse maladie, qui nous sépare des hommes, nous interdit tous les plaisirs ; joint l’amertume des remèdes à l’aigreur du mal, et ne nous laisse aucun soulagement à de cuisantes et continuelles douleurs. C’est l’état, sans doute, le plus capable de nous faire perdre la joie, qui ne nous fut cependant jamais plus nécessaire. Si le noir chagrin s’emparait de cet homme, dévoré par la cruelle maladie, que n’y aurait-il pas à craindre pour sa vie et pour son salut ? Mais vous, mon Dieu, qui êtes tout proche des âmes affligées pour les consoler dès qu’elles se tournent vers vous, vous faites luire à propos un rayon de votre lumière dans ce cœur, et la joie revient, et il est content au milieu des souffrances. C’est un Ezéchias qui adore votre conduite et qui baise tendrement votre main sur le lit de sa douleur.


   S’agira-t-il de consoler une personne affligée, c’est une des plus grandes fonctions de la charité : mais comment pourrons-nous remplir ce devoir, si nous sommes affligés nous-mêmes ? On n’inspire aux autres que les sentiments dont on est pénétré. Le cœur parle au cœur comme la langue à l’oreille et l’esprit à l’esprit. L’abord d’une personne sérieuse et morne glace même les cœurs dilatés par la joie, bien loin de pouvoir bannir la tristesse. Je veux bien que vous pleuriez avec ceux qui pleurent, comme saint Paul vous y exhorte, et que par conséquent votre joie soit tempérée par votre compassion. Vous offenseriez la personne affligée, si vous ne lui montriez que de la gaieté ; mais il faut que, de même que le soleil dissipe peu à peu le nuage qui le couvrait et ramène d’abord une sérénité qui réjouit, et bientôt après une chaleur qui ranime, ainsi la joie, renfermée dans votre cœur, perçant insensiblement le voile de deuil qui le couvre, porte d’abord la lumière dans l’esprit de l’homme affligé, et ensuite la douce paix dans son cœur.

   La tristesse trouble l’esprit et affaiblit le jugement; elle nous rend soupçonneux, ombrageux, timides, incapables de conduire les autres et plus encore de nous conduire nous-mêmes.



Résolution

    Par plusieurs actes intérieurs de joie chaque jour, nous tâcherons de nous maintenir dans cette joie si nécessaire pour pratiquer la Charité.

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