mercredi 1 février 2017

Février 2017

François de Fatima, consolateur

Le texte suivant est extrait de Toute la vérité sur Fatima Tome I ( p 49 à 55)


“TRISTE JUSQU’À LA MORT”. Cette “tristesse divine”, Jésus, « l’Image du Père», le Fils unique et bien-aimé nous en a donné l’expression parfaite, en la vivant réellement dans son âme, dans sa sensibilité d’homme qui s’est voulu passible et vulnérable comme nous. Au jardin de l’agonie, il a voulu ressentir l’angoisse humaine jusqu’à son paroxysme, à la mesure de sa divine tristesse de nos péchés: « Mon âme est triste à en mourir » ', « et sa sueur devint comme des grosses gouttes de sang qui tombaient jusqu’à terre». Et comment cette tristesse du Fils n’aurait-elle pas été aussi et d’abord la grande tristesse du Père ? Car « qui me voit, voit le Père».
“EN AGONIE JUSQU’À la FIN du monde”. Mais, mystère plus étonnant encore, ressuscité des morts, exalté dans les cieux où il siège dans la Gloire et la Joie infinie de son Père, notre Sauveur souffre encore, à cause des pécheurs. Les apostats, tous ceux qui le renient, lit-on dans l’Épître aux Hébreux, « crucifient de nouveau pour leur compte le Fils de Dieu, et le bafouent publiquement »». Et c’était lui que Saul persécutait dans la personne de ses disciples devenus les membres de son Corps. Oui, la Passion de Jésus continue, quoique d’une autre manière, et elle continuera jusqu’à la fin du monde, aussi longtemps que les hommes ingrats continueront à l’offenser.
N’est-il pas remarquable, qu’ayant voulu laisser à son Église l’image miraculeuse de sa Face divine, Jésus ait choisi de nous la montrer douloureuse, empreinte d’une mortelle tristesse et toute défigurée par les marques de sa cruelle Passion ? Notre Sauveur ressuscité, sorti vainqueur du tombeau aurait pu nous laisser de son Visage une image resplendissante de gloire. Mais non, il ne l’a pas voulu. Il a choisi de faire contempler aux hommes sa Face outragée de “ Serviteur souffrant”. Et pourquoi ? Pour que cette authentique photographie de son Corps inscrite sur son linceul les invite, jusqu’à la fin du monde, à en avoir compassion, et à se convertir.
“CONSOLEZ VOTRE DIEU !” Dans cette agonie, comme à Gethsémani, Jésus cherche des consolateurs : « J’espérais la compassion, mais en vain, des consolateurs et je n’en ai pas trouvé... » Et c’est encore la même plainte et le même appel qu’à Paray-le-Monial Jésus fera entendre à sainte Marguerite-Marie, en lui montrant son Cœur entouré d’épines.
Cette révélation stupéfiante, ce dévoilement du Cœur de Dieu, de cette tristesse qui est le signe suprême, incontestable, de son amour pour nous, la vie du petit François en a été marquée profondément, et c’est le grand message qu’il nous lègue.
«DIEU EST SI TRISTE, À CAUSE DE TANT DE PÉCHÉS! »
« J’ai beaucoup aimé voir l’Ange, confiait-il après le 13 mai, mais j’ai aimé encore davantage voir Notre-Dame. Ce que j’ai le plus aimé, ce fut de voir Notre-Seigneur dans cette lumière que Notre-Dame nous a mise dans la poitrine. J’aime tellement Dieu ! Mais Lui, Il est si triste à cause de tant de péchés ! Nous, nous ne devons jamais en faire aucun. »
De nouveau introduit par la Vierge Sainte dans la divine Lumière et le mystère même de Dieu, ce sera encore cette indicible tristesse qui émouvra le plus le petit voyant le 13 juin et de nouveau le 13 juillet. Il prononcera alors cette parole saisissante : « Comment est Dieu ? L’on ne peut pas l’expliquer ! Oui, vraiment personne ne pourra le dire ! Mais cela fait de la peine qu’il soit si triste! Ah! si seulement je pouvais le consoler ! » Parole mystérieuse, mais d’une profondeur abyssale. Plus vraie et certainement plus utile, dans son laconisme, que tant de vaines spéculations des philosophes sur une impassibilité divine qui n’apparaît aux hommes que comme la marque et le signe d’un cœur froid et sec, solitaire, et sans amour autre que de lui-même. Mais si Dieu se montre triste à cause de nos péchés, c’est qu’il nous aime infiniment, en Père très bon qui pardonne aux cœurs repentants, mais qui sait qu’il finira par châtier, et de terrible manière, les rebelles et les cœurs endurcis, sourds à toutes ses avances.
Le 19 août, puis de nouveau le 13 octobre, Notre-Dame, elle aussi, s’était montrée très affligée. Dans cette contemplation, François a trouvé sa vocation propre, le but de toute sa vie : consoler Dieu, consoler Notre-Dame.
« JE VOUDRAIS CONSOLER NOTRE-SEIGNEUR »
Écoutons sœur Lucie nous rapporter les confidences de son cousin :
« Un jour (sans doute peu après le 13 octobre 1917), je lui demandai: “François, qu’est-ce que tu aimes le mieux: consoler Notre-Seigneur ou convertir les pécheurs afin qu’il n’y ait plus d’âmes à aller en enfer?” “J’aime mieux consoler Notre-Seigneur. Tu n’as pas remarqué combien Notre-Dame, le mois dernier, est devenue triste lorsqu’Elle nous a dit qu’il ne fallait plus offenser Dieu Notre-Seigneur, car II est déjà trop offensé ? Je voudrais consoler Notre-Seigneur et, ensuite, convertir les pécheurs afin qu’ils ne l’offensent plus.” »
Au Cabeço, en 1916, l’Ange déjà, avant qu’ils communient au Corps livré et au Sang versé de Jésus, les avait invités à réparer les offenses envers Jésus-Hostie et à le consoler: « Prenez et buvez, leur avait-il dit, le Corps et le Sang de Jésus-Christ, horriblement outragé par les hommes ingrats, réparez leurs crimes et consolez votre Dieu. » Bientôt, à Pontevedra, nous le verrons, la Vierge Marie répétera à sœur Lucie la même demande, avec insistance : « Toi, du moins, tâche de me consoler... »
Mais comment remplir cet office sublime ? Par la prière et les sacrifices. Cela, François l’avait bien compris.
CONSOLER DIEU par LA prière. Puisqu’il priait surtout pour consoler son Dieu, François se sentait poussé par la grâce à rechercher la solitude. Il aimait à se retrouver seul, cœur à cœur avec Lui.
« Il parlait peu, raconte Lucie, et pour faire sa prière et offrir ses sacrifices, il aimait se cacher, même de Jacinthe et de moi... De temps en temps, il s’éloignait de nous sans que nous nous en rendions compte. Lorsque nous nous apercevions de son absence, nous nous mettions à sa recherche en l’appelant. Il nous répondait de derrière un petit mur, un arbuste ou un buisson... Il s’était retiré là, à genoux, pour prier et penser à Notre-Seigneur, si triste à cause de tant de péchés, comme il disait.
« Si je lui demandais : “François, pourquoi ne me dis-tu pas de prier avec toi et aussi avec Jacinthe ?” "J’aime mieux prier tout seul, afin de penser, et de consoler Notre-Seigneur qui est si triste !2 »
CONSOLER DIEU par LA souffrance. La prière avec le sacrifice sont les deux grands moyens inséparables, — car l’un ne saurait plaire à Dieu sans l’autre —, par lesquels Dieu veut être consolé de tous les outrages qu’il reçoit des pécheurs.
Et se sacrifier, c’est d’abord accepter toutes les souffrances que Dieu nous envoie :
« Quelquefois, François disait: “Notre-Dame a dit que nous aurions beaucoup à souffrir ! Peu importe, je souffrirai tout ce qu’Elle voudra ! Ce que je veux, c’est aller au Ciel.”
« Un jour que je me montrais mécontente de la persécution qui commençait à s’élever contre nous, dans la famille et au-dehors, il essaya de m’encourager en disant: “Laisse faire ! Notre-Dame n’a-t-elle pas dit que nous aurions beaucoup à souffrir, pour réparer tant de péchés qui offensent Notre-Seigneur et son Cœur Immaculé? Ils sont si tristes! Si, avec ces souffrances, nous pouvons les consoler, soyons contents. ”> »
C’était encore cette même volonté constante de consoler Notre- Seigneur et le Cœur Immaculé de Marie qui inspirait à François le désir de faire des sacrifices. Écoutons ce charmant épisode :
« Un jour, rapporte encore Lucie, nous allions chez moi, passant devant la maison de ma marraine de baptême. Elle venait de faire de l’hydromel et nous appela pour nous en donner un verre. Nous entrâmes et François fut le premier à qui elle donna le verre pour qu’il boive. Il prit le verre sans le boire, le passa à Jacinthe afin qu’elle boive et moi aussi. Entre­temps, il fit demi-tour et disparut. “Où est François ?” demanda ma marraine. “Je ne sais pas ! Je ne sais pas ! Il était là à l’instant.”
« Il ne reparut pas. Jacinthe et moi, après avoir dit merci, nous allâmes le retrouver, ne doutant pas un instant qu’il ne fût assis au bord du puits dont j’ai si souvent parlé. “François, tu n’as pas bu l’hydromel ! Marraine t’a appelé plusieurs fois mais tu ne t’es pas montré.” “Lorsque j’ai pris le verre, je me suis souvenu soudain de faire ce sacrifice pour consoler Notre- Seigneur et, pendant que vous buviez, je me suis enfui ici.” »
LE SACRIFICE de LA danse et DES chants. S’ils étaient coutu­miers de ces petits sacrifices dont chaque jour de leur vie d’enfants leur présentait tant d’occasions, n’imaginons pas cependant nos trois pastoureaux prenant la mine de tristes ascètes. Sœur Lucie l’a souvent répété : « Nous continuions à jouer comme auparavant. »
Ils demeuraient si simples, si spontanés, si dénués de toute singularité comme de toute contention d’esprit, que leurs proches auraient vite eu tendance à oublier de quelles grâces exceptionnelles le Ciel les avait favorisés. Et les petits compagnons de leur âge attendaient toujours de Lucie que, lors des fêtes, elle organise les jeux et les réjouissances, comme elle le faisait autrefois, avant les apparitions.
Plus d’une fois, raconte-t-elle dans ses Mémoires, ce fut François qui intervint pour l’encourager elle-même à résister à de trop pressantes instances. Ayant si souvent à l’esprit la grande tristesse de Dieu, il sentait spontanément qu’eux du moins à qui la Vierge Marie avait manifesté son immense affliction, ne devaient plus participer à certains jeux ou divertissements, si innocents soient-ils en eux-mêmes.
Un jour, la marraine de Lucie les avait tous trois attirés chez elle avec toute une troupe d’enfants pour avoir le plaisir de les voir chanter et danser:
« En entendant cette mélodie entraînante, toutes les voisines se ras­semblèrent et, lorsque la chanson fut terminée, elles nous demandèrent de la reprendre. Mais François s’approcha de moi et me dit: “Ne chantons plus cela. Notre-Seigneur n’aime certainement pas que nous chantions maintenant ces choses-là.” Et nous nous échappâmes comme nous pûmes, du milieu des enfants, pour aller à notre puits préféré. »
Non, François s’en rendait bien compte, ils ne pouvaient plus se divertir comme des enfants ordinaires.
le carnaval de 1918. « Entre-temps, le carnaval de 1918 approchait. Les filles et les garçons se réunirent encore cette année-là pour les repas habituels et les amusements de ces jours. Chacun apportait de chez lui une chose : les uns de l’huile, d’autres de la farine, d’autres de la viande, etc. On rassemblait le tout dans une maison destinée à cette fin, et les jeunes filles cuisinaient un banquet copieux. Pendant ces jours, on mangeait et on dansait jusqu’à des heures tardives de la nuit, spécialement le dernier jour.
« Les enfants jusqu’à 14 ans avaient leur fête dans une autre maison à part. Plusieurs vinrent donc m’inviter afin de pouvoir organiser la fête avec elles. D’abord je refusai. Mais, ensuite, emportée par une lâche condes­cendance, je cédai aux instances de plusieurs, spécialement de la fille et des deux fils d’un homme de Casa Velha, José Carreira, qui mettait sa maison à notre disposition. Lui-même ainsi que sa femme insistèrent pour que j’y aille. Je cédai donc et j’allai avec une bonne troupe voir le local. Une grande salle pour les divertissements, et une bonne cour pour le repas. Tout fut combiné et je revins de là toute en fête mais, au fond, avec une conscience qui me faisait des reproches.
« En arrivant près de Jacinthe et de François, je leur dis ce qui s’était passé. “Et tu retournes à ces repas et à ces divertissements ? me demanda sérieusement François. As-tu oublié que nous avons promis de ne plus jamais y retourner ?” “Je ne voulais pas y aller. Mais tu vois bien que ce sont eux qui ne cessent de me demander d’y aller, et je ne sais comment faire !”
« En vérité, les instances étaient nombreuses, et nombreuses étaient les amies qui s’étaient réunies pour jouer avec moi. Elles venaient même de plusieurs villages assez distants. » Et Lucie, — faisant preuve, une fois de plus de sa mémoire singulière —, d’énumérer ici tous les noms de ses petites compagnes ! « Comment, ainsi, soudainement les décevoir, elles qui parais­saient ne pouvoir s’amuser sans moi, et leur faire comprendre qu’il fallait en finir pour toujours avec de telles réunions ?
«Dieu inspira François: “Sais-tu comment tu vas faire? Tous les gens savent que Notre-Dame t’est apparue. Aussi, dis-leur que tu Lui as promis de ne plus prendre part à des bals et que c’est pour cela que tu n’iras pas. Ensuite, pendant ces jours-là, nous nous échapperons vers la Lapa do Cabeço. Là, personne ne nous trouvera. ”
« J’acceptai la proposition et, étant donné ma décision, personne ne pensa plus à organiser de telles assemblées. Ce fut une bénédiction de Dieu. Et ces amies, qui avant me recherchaient pour se divertir, venaient me chercher à la maison les dimanches après-midi et m’accompagnaient pour aller réciter le chapelet à la Cova da Iria. »
Désormais, fuyant plus que jamais les compagnies trop bruyantes, ce qu’ils recherchent par-dessus tout, c’est à se retrouver dans la solitude, aux lieux bénis où l’Ange leur est apparu, soit à l’Ameiro, auprès du puits, soit au trou du Cabeço, où curieux et importuns ne peuvent les découvrir. Et là, ils prient longuement, répétant, prosternés, les prières de l’Ange.
« Quand furent passés les jours des apparitions du 13 de chaque mois, rapporte Lucie, la veille des autres jours 13, François nous disait: “Écoutez, demain, de bonne heure, je m’échapperai par le jardin pour aller au “trou du Cabeço”, et aussitôt que vous le pourrez, venez m’y rejoindre”.»
 UN CŒUR COMPATISSANT
Sensible à la tristesse de Dieu, François l’était aussi aux besoins et aux misères des pauvres gens ou des malades. En quelques brefs récits, sœur Lucie nous fait découvrir combien son cousin était bon et charitable.
« Il y avait là une petite vieille que nous appelions Tante Maria Carreira. Ses fils l’envoyaient parfois faire paître un troupeau de chèvres et de brebis. Ces dernières, peu domestiquées, s’éloignaient quelquefois dans toutes les directions. Lorsque nous la rencontrions ainsi en peine, François était le premier à venir à son aide. Il l’aidait à conduire le troupeau au pâturage et ramenait les bêtes qui s’étaient dispersées. La pauvre vieille se répandait en mille remerciements et l’appelait son ange gardien. »
François n’était pas seulement serviable, il avait un cœur tendre et émotif, porté de façon extraordinaire à la pitié et à la compassion.



Résolution : La consolation

A l'image de François, nous nous efforcerons de consoler Notre-Seigneur par la prière et la pénitence; mais nous n'oublierons pas qu'en le faisant à notre prochain, c'est Notre-Seigneur Lui-même que nous consolons : visite d'un malade, consolation d'un affligé (tout particulièrement, ceux qui souffrent de cette crise dans l’Église)

jeudi 1 décembre 2016

La charité divine selon Mgr Lefebvre



 Mgr Lefebvre a donné cette conférence le 6 juin 1975. Il explique aux séminaristes que la Charité divine est la clé qui explique le mystère de la Trinité aussi bien que celui de l'incarnation. Cette charité doit se prolonger dans les âmes. La charité peut se mal comprendre selon l'archevêque : elle dégénère en sentimentalisme libéral qui n'a rien à voir avec la vie chrétienne. Que Dieu nous préserve de ce malheur.



"Eh bien, reprenons nos considérations d’hier sur ce grand mystère de Notre Seigneur Jésus-Christ.
Quelle est la pensée, je dirais l’idée qui peut donner une certaine explication, dans la mesure où il peut y avoir une explication à ce grand mystère de l’Incarnation et de l’union hypostatique du Verbe de Dieu avec la nature humaine, eh bien ce mystère, comme celui d’ailleurs de la Sainte Trinité, si on peut trouver un terme qui l’explique dans une certaine mesure, ce terne n’est autre que la charité, il n’y a pas de terme qui puisse mieux faire comprendre cette union hypostatique, il n’y a pas non plus de terme qui puisse mieux expliquer la vie de la Très Sainte Trinité.
Or pourquoi Notre Seigneur, pourquoi Dieu a-t-il envoyé son Fils sur la terre, pourquoi a-t-il demandé au Verbe, à son Fils unique de s’incarner, c’est pour vraiment nous donner une image de Dieu, pour se faire connaître à nous d’une manière plus directe, plus sensible, plus adaptée à nous et en même temps nous racheter, bien sûr, c’est le premier motif ; mais en même temps, pourquoi ce rachat s’est-il fait de cette manière là, c’est pour que nous connaissions mieux Dieu, que nous retournions à Lui ! Eh bien, ce qu’est Dieu, c’est la Charité : Deus est caritas, n’est-ce pas ! Novissime, dit saint Paul dans l’épître aux Hébreux, « Novissime diebus ipsis locutus est in Filio », récemment Il nous a parlé par son Fils qu’il a constitué l’héritier de toutes choses, cum constituit heredem universorum per quem fecit et sæcula, parce qu’Il a fait le temps, les siècles et toutes choses, parce qu’Il est la splendeur de sa gloire, quicum sit splendor gloriæ et figura substantiæ ejus, donc la splendeur de sa gloire est l’image de sa substance donc Notre Seigneur est vraiment Dieu sur terre, on ne peut pas imaginer une image humaine plus parfaite de Dieu que Notre Seigneur Jésus-Christ. Qu’est-ce que nous apprend justement Notre Seigneur : que Dieu est charité, Deus est caritas nous apprend saint Jean, celui qui n’aime pas ne connaît pas Dieu : « Qui non diligit non novit Deum quoniam Deus caritas est. In hoc apparuit caritas Dei novit quoniam Filium suum unigenitum misit Deus in mundum », en cela est apparue la Charité de Dieu pour nous parce qu’Il nous a envoyé son fils unique dans le monde. Et c’est ce que nous a donné aussi Notre Seigneur comme commandement : Je ne vous donne pas d’autre commandement que de vous aimer les uns les autres.
Donc la charité est vraiment ce qu’il y a de plus divin ! Mais encore faut-il bien la comprendre cette charité, il ne faut pas que ce soit une espèce de sentimentalisme, une espèce de dégradation de la charité. On en parle de la charité ! Dieu sait, on en parle de l’amour ! Mais on dégrade cet amour, mais la charité est vraiment l’élan de nos âmes vers Dieu, c’est ce que dit Dom Marmion dont, évidemment je vous conseille beaucoup de lire les livres, que ce soit Le Christ idéal du moine, que ce soit Notre Seigneur Jésus-Christ ou bien… Dom Marmion a vraiment eu des accents extraordinaires pour parler de Notre Seigneur, pour parler de la vie de perfection et il en parle avec une telle simplicité, une telle limpidité que vraiment cela fait beaucoup de bien : « Nous voyons le Christ Jésus, tel un géant, s’élancer dans la carrière à la poursuite de la gloire de son Père c’est là sa disposition primordiale. Écoutons comment, dans l’Évangile il nous le dit lui-même en propres termes : Je ne cherche pas ma volonté mais la volonté de Celui qui m’a envoyé ; il ne recherche pas sa propre gloire, mais celle de Celui qui l’a envoyé, il a toujours sur les lèvres ces mots “mon Père”, toute sa vie n’est que le magnifique écho de ce cri : Alma Pater, pour lui tout se ramène à rechercher la volonté et la gloire de son Père. » Je pense que c’est cela, voyez, la charité se manifeste surtout dans l’accomplissement de la volonté de Celui que l’on aime, l’accomplissement de la volonté de Dieu que l’on aime** c’est une manifestation pratique de notre charité, et c’est pourquoi cette charité est exigeante ! Quand saint Augustin dit : aime et fais ce que tu veux, ama et fac quod vis. Oui, déjà dans le terme ama, ça veut dire que l’on ne fait pas ce qu’on veut, qu’on ne fait que la volonté de celui que l’on aime et donc évidemment on peut faire ce qu’on veut dans la mesure où l’on fait la volonté de l’autre si on l’aime. Voyez c’est une manière de parler ** je pense que si l’on aime vraiment Dieu eh bien on est libéré, on est libéré de tout ce qui nous empêche de l’aimer et donc on peut faire ce qu’on veut puisqu’à ce moment là tout ce que l’on veut n’est que de faire la volonté de Dieu.
Donc la charité est à la fois… elle est la clé du mystère de Dieu dans une certaine mesure, si on peut trouver une clé de ce mystère et aussi la clé de notre mystère, le mystère de notre vie ! Parce que nous sommes faits à l’image de Dieu, nous ne pouvons pas être faits autrement que charité, nous ne pouvons pas avoir d’autres tendances, nous ne pouvons pas avoir d’autres désirs que celui d’aimer, nous sommes nés avec cet amour, avec ce désir d’aimer Dieu et d’aimer notre prochain. C’est bien parce que nous avons péché, c’est bien parce que nous avons détourné notre intelligence et notre volonté de Dieu que nous sommes des gens contre nature, c’est contre nature n’est-ce pas !
Le péché est une action absolument contre nature et l’état de ces gens qui vivent sans penser à Dieu et sans penser au prochain, en ne pensant qu’à eux, en vivant comme des égoïstes n’est-ce pas, ces gens-là sont des gens absolument vivant comme des êtres dénaturés, dénaturés, et Dieu sait s’il y en a, malheureusement, et si nous, nous avons cette tendance-là aussi, tendance à tout ramener à nous, à ne voir les choses que par rapport à nous, par rapport à notre science, par rapport à ce que nous aimons, par rapport à ce que nous voulons pour nous et non pas par rapport à Dieu, et non pas par rapport vraiment au prochain et au contraire à nous dégager de nous-mêmes : c’est ça la charité ! Caritas est diffusivum sui, dit saint Thomas, Caritas est diffusivum sui, c’est-à-dire que la charité par elle-même sort de l’être qui est charitable, elle se diffuse n’est-ce pas, c’est comme une communication de l’être !
Comme Dieu nous a aimé et nous a donné l’être, nous, nous devons aimer Dieu aussi et nous donner à Dieu, donner ce que nous sommes à Dieu, donner ce que nous sommes à notre prochain n’est-ce pas, c’est cela ! Et dans la mesure où au contraire on retient pour nous, on ne veut pas se donner, alors on vit en égoïste et c’est un véritable suicide, c’est un suicide,  un suicide qui continuera en enfer, c’est ça l’enfer, l’enfer n’est pas autre chose que des gens qui sont déchirés, qui ont une nature pour aimer et qui la contraignent à seulement à s’aimer eux-mêmes et donc qui vont à l’encontre, à l’encontre de la nature ou qui ruinent leur nature, qui brisent leur nature, et c’est cela le drame des damnés enfin, ces gens qui ont été faits pour aimer et qui ne veulent pas aimer et qui sont fixés dans cette volonté de ne pas aimer et c’est pour cela qu’ils ne peuvent pas être sauvés parce qu’ils se sont fixés eux-mêmes dans la volonté de ne pas aimer et cette volonté ils l’ont toujours, ils la garderont éternellement et c’est pourquoi ils ne peuvent pas passer de l’état d’égoïsme à l’état de charité, cette volonté est fixée pour toujours, volonté de suicide, véritable suicide, or ils s’en rendent compte, ils en… et c’est ça cette peine du dam qui est cette séparation d’avec Dieu alors qu’ils sentent qu’ils sont faits pour Dieu et cependant ils refusent d’aimer Dieu et d’aimer leur prochain, et au contraire ils recherchent la perte de leur prochain. Dans toute la mesure où les démons peuvent encore agir sur terre pour éloigner les gens de Dieu, pour les empêcher d’avoir la charité, pour les rendre égoïstes alors c’est leur bonheur même, d’essayer jusqu’à la fin des temps de perdre le plus d’âmes possible, de les empêcher d’aimer n’est-ce pas !"