samedi 5 mai 2018

MAI 2018

C’est plus principalement par la charité que nous méritons, que par les autres vertus. 


Celui qui m'aime sera aimé de mon Père, et moi aussi je l'aimerai, et je me manifesterai à lui. (Jo., XV, 14.) Or, c'est dans la vision manifeste de Dieu que consiste la vie éternelle; selon ce que dit le Christ, en saint Jean (XVII, 3) : La vie éternelle, c'est qu'ils vous connaissent, vous le seul Dieu véritable et vivant. C'est donc surtout la charité qui fait le mérite de la vie éternelle. 

L'acte humain prend sa valeur méritoire à deux sources: 
  1.  La décision divine par laquelle l'acte est dit méritoire de la fin, à laquelle l'homme est divinement ordonné. 
  2.  Le libre arbitre, par lequel, de préférence à toutes les autres créatures, l'homme agit volontairement de lui-même. 
Et, d'un côté comme de l'autre, la qualité principale du mérite consiste dans la charité. Il faut toujours se rappeler que la vie éternelle, c'est la jouissance de Dieu. Le mouvement de tendance à la jouissance du bien divin, c'est l'acte propre de la charité, et c'est ce mouvement qui donne à tous les actes des autres vertus leur tendance vers cette fin, en tant que c'est la charité qui en commande la production. Et c'est pourquoi le mérite relève, en première ligne, de la charité; et secondairement, des autres vertus, en tant que leurs actes sont produits, sous l'empire de la charité qui les fait faire. 

De même, il est évident que ce que nous faisons par amour, nous le faisons le plus volontiers. Par ce côté encore et pour autant qu'il est essentiellement requis pour le mérite qu'il soit volontaire, le mérite est principalement attribué à la charité. 

Mais, l'œuvre n'a pas toujours un mérite plus grand, de ce qu'elle est plus laborieuse et plus difficile, Une œuvre peut être laborieuse et difficile à deux titres: 

  • l'un, à cause de l'importance de l' œuvre; et, dans ce cas, la grandeur du travail en augmente le mérite, parce que l'amour de charité, bien qu'il accomplisse les choses effroyables et dures, comme si c'était des choses faciles et de rien, n'en diminue pas la difficulté; et que, bien au contraire, il fasse entreprendre les Choses les plus grandes: comme dit saint Grégoire, « si c'est la charité qui est là, elle fait grand ». 
  • L'autre titre de labeur d'une œuvre et de sa difficulté peut tenir à un manque, du côté de celui qui agit. Tout est laborieux et difficile à celui qui n'agit point par une volonté prompte, et le mérite est diminué par ce travail, que la charité abolit. 

Les actes les plus méritoires sont les actes de foi et de patience ou de force, comme chez les martyrs qui, pour la foi, ont combattu patiemment et fortement jusqu'à la mort. Mais, 1'acte de foi n'est méritoire que si la foi opère par l'amour; il en est de même des actes de patience et de force, si on ne les fait point par l'amour de charité, selon ce que dit saint Paul (1 Cor., XIII, 3) : Quand je livrerais mon corps pour être brûlé, si je n'ai pas la charité, cela ne me sert de rien. 

D'après Saint Thomas d'Aquin

Résolution

Dans ces circonstances de crise dans l'Eglise qui nécessitent tant de patience, de force et de combat, mettons-nous librement en oeuvre la Charité qui nous fera gagner de grandes grâces ?  Avons-nous la Charité suffisante pour œuvrer librement et promptement, pour agir charitablement dans la crise actuelle ? 

mardi 3 avril 2018

AVRIL 2018

De la manière d'éclairer le prochain





Le troisième jour après la mort de Jésus, deux disciples faisaient route vers un village appelé Emmaüs, à deux heures de marche de Jérusalem, et ils parlaient ensemble de tout ce qui s’était passé. 
Or, tandis qu’ils parlaient et discutaient, Jésus lui-même s’approcha, et il marchait avec eux. Mais leurs yeux étaient aveuglés, et ils ne le reconnaissaient pas. Jésus leur dit : « De quoi causiez-vous donc, tout en marchant ? » Alors ils s’arrêtèrent, tout tristes. L’un des deux, nommé Cléophas, répondit : « Tu es bien le seul, de tous ceux qui étaient à Jérusalem, à ignorer les événements de ces jours-ci. »

Il leur dit : « Quels événements ? » Ils lui répondirent : « Ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth : cet homme était un prophète puissant par ses actes et ses paroles devant Dieu et devant tout le peuple. Les chefs des prêtres et nos dirigeants l’ont livré, ils l’ont fait condamner à mort et ils l’ont crucifié. Et nous qui espérions qu’il serait le libérateur d’Israël ! Avec tout cela, voici déjà le troisième jour qui passe depuis que c’est arrivé. À vrai dire, nous avons été bouleversés par quelques femmes de notre groupe. Elles sont allées au tombeau de très bonne heure, et elles n’ont pas trouvé son corps ; elles sont même venues nous dire qu’elles avaient eu une apparition : des anges, qui disaient qu’il est vivant. Quelques-uns de nos compagnons sont allés au tombeau, et ils ont trouvé les choses comme les femmes l’avaient dit ; mais lui, ils ne l’ont pas vu. »

Il leur dit alors : « Vous n’avez donc pas compris ! Comme votre coeur est lent à croire tout ce qu’ont dit les prophètes ! Ne fallait-il pas que le Messie souffrît tout cela pour entrer dans sa gloire ! » Et, en partant de Moïse et de tous les prophètes, il leur expliqua, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait.
Quand ils approchèrent du village où ils se rendaient, Jésus fit semblant d’aller plus loin. Mais ils s’efforcèrent de le retenir : « Reste avec nous : le soir approche et déjà le jour baisse. » Il entra donc pour rester avec eux.

Quand il fut à table avec eux, il prit le pain, dit la bénédiction, le rompit et le leur donna. Alors leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent, mais il disparut à leurs regards. Alors ils se dirent l’un à l’autre : « Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route, et qu’il nous faisait comprendre les Écritures ? » 

À l’instant même, ils se levèrent et retournèrent à Jérusalem. Ils y trouvèrent réunis les onze Apôtres et leurs compagnons, qui leur dirent : « C’est vrai ! le Seigneur est ressuscité : il est apparu à Simon-Pierre. » À leur tour, ils racontaient ce qui s’était passé sur la route, et comment ils l’avaient reconnu quand il avait rompu le pain.


Luc 24, 13-35

Résolution

Notre-Seigneur nous donne ici la manière de venir en aide aux autres, de les éclairer, de les consoler en ouvrant leurs âmes à la Vérité.  Examinons-nous sur la manière dont nous nous y prenons pour aider les autres.

mardi 13 mars 2018

MARS 2018

De la correction fraternelle 



Comment Padre Pio considérait la Charité :

Parmi toutes les vertus, et plus que toutes, la charité est celle qui, en soi, constitue la perfection chrétienne. Ainsi donc, ma sœur, accordons une attention sans mesure à cette vertu, si nous voulons trouver miséricorde auprès du Père céleste. Aimons la charité et mettons-la en pratique : elle est la vertu qui fait de nous des fils d’un même Père qui est aux cieux. Aimons la charité, car elle est le commandement de notre divin Maître : c’est par elle que nous nous distinguons des gentils. Aimons la charité et fuyons jusqu’à l’ombre où nous pourrions en quelque manière l’offenser. Oui, enfin, aimons la charité et ayons toujours présent à l’esprit le grand enseignement de l’Apôtre : "Nous sommes tous membres de Jésus Christ" (Eph 5,30) et Jésus seul est "la tête de nous tous, ses membres" (Eph 4, 15). Montrons-nous notre amour réciproque et souvenons-nous que tous nous sommes appelés à former un seul corps et que si nous conservons la charité, la belle paix de Jésus triomphera et exultera toujours en nos cœurs.

(Lettre à Raffaelina Cerase, 13 mai 1915) 

Saint Thomas explique que la correction fraternelle fait partie de la Charité  car la correction est une "certaine aumône spirituelle". La correction vise à porter un remède à celui qui pèche car, par elle, nous repoussons le mal de notre frère, à savoir le péché. On peut même dire que la correction est un plus grand acte de charité que ne le sont la guérison d'une infirmité corporelle ou un secours pour des biens extérieurs. Le Padre Pio, qui avait une grande compassion pour les âmes souffrantes (il avait fondé la Casa Della Sofferenza) savait aussi pratiquer la correction fraternelle dans le cadre de son ministère de prêtre. Ses remarques pouvaient sembler dures mais les âmes finissaient par se réformer.  Le RP Nelson décrit ainsi ce ministère :

« Le Padre Pio  ne tolérait jamais de robes décolletées, de jupes courtes et collantes, et il interdisait à ses filles spirituelles de porter des bas transparents. (...) Il chassait du confessionnal sans relâche, avant même qu'elle ait pu y mettre le pied, toutes celles qu'il jugeait incorrectement vêtues. En 1967, il y eut des matins où il renvoyait les femmes une après l'autre, pour finalement n'en confesser que quelques-unes. Ses confrères qui assistaient gênés à cette réduction brutale du nombre des pénitents, décidèrent finalement d'afficher sur la porte de l'église cet avis :

"Selon le désir formel du Père Pio, les femmes doivent entrer dans son confessionnal avec des jupes au moins 8 pouces ( 20,5 cm) en bas des genoux. (...)"

Et le Père Pio continua encore à renvoyer sans confession. Dès qu'il les apercevait, il murmurait : « Allez vous habiller ! » et quelquefois, il ajoutait « Farceuse! ». Il n'épargnait personne. (...) »

Et l'auteur du Padre Pio d'ajouter :

« C'est l'un des rares prêtres dans le monde ayant assez de courage pour se tenir debout sans compromis contre les modes immorales modernes, pendant que la plupart des évêques et d'autres autorités disent peu de choses ou rien du tout contre ce cancer d'immoralité qu'est la mode, qui plus qu'aucune autre cause très probablement est la source du plus grand nombre de péchés. (...) »

( par le père Nelson 1971)

Résolution :

Examinons-nous sur l'idée que nous nous faisons de la Charité : ne la confondons-nous pas avec "ne pas avoir d'ennuis", "ne pas faire de peine" ? ...  Alors que la première des Charités, c'est la vérité car nous voulons au prochain le plus grand bien, à savoir  le salut de son âme. 

jeudi 1 février 2018

FEVRIER 2018

"J'étais en prison et vous êtes venus à moi"

Matt 25, 36

Père Lataste, apôtre des prisons
 (1832-1869)


« Dieu, pour se donner à nous, ne nous demande pas ce que nous fûmes, il n'est touché que de ce que nous sommes. » 

Ces paroles s'adressaient aux prisonnières internées à Cadillac-sur-Garonne, près de Bordeaux, au cours d'une instruction de retraite prêchée aux détenues, en septembre 1864. Il peut sembler ironique de ménager une retraite aux femmes d'une Maison Centrale, qu'on a justement soustraites du monde des vivants. 

On peut croire que le prédicateur de cette étrange retraite n'était pas venu à la prison de femmes sans appréhension. Lui-même l'avouera plus tard: " J'y suis entré avec un grand serrement de cœur, avec la pensée que c'était ou que ce serait peut-être inutile. " 

Il semble difficile, en effet, de rêver auditoire plus ingrat, moins préparé à recevoir la parole de Dieu. Les incroyants et les pécheurs qu'on atteint du haut d'une chaire d'église manifestent, au moins par leur présence, une velléité dans la connaissance de la vérité ou la rectification de leur conduite. Qu'attendre de misérables créatures, tombées, dévoyées, qui, après avoir connu l'humiliation de voir leur pauvre vie étalée au grand jour du tribunal, connaissent maintenant l'horreur et l'avilissement de la prison? Elles seraient là parce que le règlement les y forcerait. - Qui sait? une diversion, même pieuse, ne leur déplairait point: entendre une voix humaine, voir quelqu'un du dehors, du monde où l'on est libre, où l'on peut vivre, est un vrai soulagement dans la monotonie et l'abrutissement de la réclusion forcée. Si le Père Lataste avait eu quelque expérience du milieu des prisons de femmes, il aurait pu se laisser aller à des réflexions autrement déprimantes. 

Il n'était pas homme à reculer devant une tâche ardue. Il avait même désiré l'occasion de secourir la 
déchéance des filles perdues, la pire qu'il avait imaginée, mais il n'avait guère envisagé ce ministère, d'ailleurs incertain, qu'à la sortie des prisons. Est-ce qu'on évangélise 1'enfer? La mort dans l'âme il avait pris le chemin de la forteresse hostile. Le Supérieur avait désigné, au hasard, ce jeune religieux qui avait si bien débuté dans la parole publique; au reste, n'était-il pas originaire lui-même de Cadillac?

Le P. Lataste remplirait pourtant son travail consciencieusement, comme tout ce qu'il avait fait jusqu'ici.(...)

« Je ne sais, disait-il, si vous avez pris garde à ceci : en commençant, comment vous ai-je appelées? Mes chères sœurs. Mes chères sœurs! Comprenez-vous cela? Que m'êtes-vous, après tout? Hier, je ne vous connaissais pas, et dans quelques jours nous nous séparerons, peut-être pour ne plus nous revoir ici-bas. Bien plus, vous êtes des femmes dégradées - nous pouvons bien nous dire nos vérités, nous sommes en famille (sic) - vous êtes des femmes dégradées, avilies, mises au ban de la Société. Si vous sortiez d'ici, si l'on voit d'où vous sortez, on vous montrerait du doigt, on se méfierait de vous, on ne voudrait pas de vous peut-être même pour servantes ou pour femmes de peine. Je n'approuve point cela, je sais bien que c est, injuste souvent, cruel, tout ce que vous voudrez, mais enfin, cela est ainsi. Et maintenant, je suppose qu'au lieu de vous présenter comme servantes ou comme femmes de peine, vous alliez trouver une autre jeune fille, ou une autre femme de votre âge et que lui présentant la main vous lui disiez: « Sois mon amie, sois-moi une sœur, je t'aime », vous la verriez sans doute, si elle savait qui vous êtes, vous la verriez sans doute repousser votre main, avec pitié peut-être, avec dégoût aussi. Pauvre femme, se dirait-elle en elle-même, que me demande-t-elle là? Une voleuse, une reprise de justice, une empoisonneuse peut-être, une infanticide, que sais-je? Pauvre femme, voilà du pain si vous en voulez, mais je ne puis avoir commerce d'amitié avec vous; passez votre chemin. Voilà la plus douce réponse qu' on pourrait vous faire. 

Et moi, moi ministre de Dieu, consacré, quoique très indigne, au service de ses autels, voué pour toute ma vie à la privation absolue de ce dont vous avez abusé, volontairement lié par les vœux perpétuels de pauvreté, d'obéissance, de chasteté, moi je viens à vous de moi-même, sans attendre que vous m'ayez appelé, et vous tendant les mains, je vous appelle : mes bonnes, mes pauvres, mes chères sœurs. Et ce n'est pas là une parole banale, je suis prêt à faire pour vous bien plus encore. Vous n'aurez qu'à le vouloir, qu'à le désirer, qu'à vous présenter à la porte du Saint Tribunal, et là, ce ne sera plus seulement un frère que je serai pour vous, ce sera tout ce qu'il y a de plus doux et de plus aimant sur la terre, et vous m'appellerez : Mon Père! et je vous nommerai : mon enfant ! et il s'établira entre nous, si vous le voulez, les relations de la plus franche, la plus sincère, la plus cordiale intimité qui fût jamais. Je vous ouvrirai mon cœur et vous m'ouvrirez le vôtre, et ces liens, quoique ne devant durer que quelques jours, seront si forts et si sacrés, que la mort même ne les pourra détruire, et que nous les retrouverons au ciel, un jour, si nous y allons, vous et moi .... 

Et d'où vient que vous m'êtes si chères, vous que le monde oublie et méprise? ... C'est que nous sommes les ministres d'un Dieu qui vous aime, malgré vos souillures, d'un amour sans égal ici-bas, d'un Dieu qui vous poursuit de son amour sans cesse ... Si vous saviez comme il est bon, ce Dieu dont vous êtes séparées et qui vous rappelle ... »

M-H Lelong : Les Dominicaines des prisons

Résolutions

Nous n'avons sans doute pas tous l'occasion de visiter des prisonniers.  Parfois l'occasion s'en présente ( Témoignage  ) Mais nous devons et pouvons tous prier pour ces prisonniers : la prison est parfois un lieu de conversion ... pour autant que des âmes prient et se sacrifient pour eux.  

Et il ne nous sera peut-être pas inutile de regarder en nous-même la manière dont nous considérons ces âmes. 

lundi 1 janvier 2018

JANVIER 2018

Enseignement du catéchisme


 Après le Ve  Mémoire, que j'ai consacré à mon père, un certain nombre de personnes m'ont demandé d'en écrire un autre, qui porterait sur ma mère, dont les vertus, dignes d'être connues, sont pour la gloire de Dieu ; elles sont aussi un exemple de vie chrétienne pour les épouses, les mères de famille et les maîtresses de maison. Car ma mère était toujours exacte et ingénieuse dans l'accomplissement de ses devoirs envers Dieu, envers sa famille et envers son prochain.

Les commandements de Dieu étaient sa règle de vie, et elle les inculquait à tous. Elle avait pris pour norme personnelle ce que nous dit Jésus Christ dans son Évangile. Au jeune homme qui s'approcha du Seigneur et qui lui demanda: « Maître, que dois-je faire de bon pour avoir la vie éternelle? », Jésus répondit: « Pourquoi m'interroges-tu sur ce qui est bon? Un seul est bon. Si tu veux entrer dans la vie, garde les commandements. » - « Lesquels? »,  demanda le jeune homme.  Jésus répondit: « Tu ne tueras pas, tu ne commettras pas d'adultère, tu ne voleras pas, tu ne porteras pas de faux témoignages, honore ton père et ta mère; et aussi: Tu aimeras ton prochain comme toi-même» (Mt 19, 16-19).

Au légiste qui voulait savoir quel était le plus grand commandement de la Loi, Jésus déclara: « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée. C'est là le plus grand et le premier commandement. Le second lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. À ces deux commandements toute la Loi est suspendue, ainsi que les Prophètes» (Mt 22, 37-40).

La suite montrera combien ma mère avait ces paroles gravées dans son esprit et dans son cœur, comme si Dieu lui avait redit ce qu'Il avait demandé à Moïse de transmettre à son peuple: « Écoute Israël! Le Seigneur notre Dieu est le seul Seigneur. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton pouvoir. Ces paroles que je te commande aujourd'hui, qu'elles soient dans ton cœur! Tu les inculqueras à tes fils et tu en parleras, assis dans ta maison et marchant sur le chemin, en te couchant et en te levant; tu les attacheras comme un signe sur ta main, et elles serviront de fronteau entre tes yeux; tu les écriras sur les poteaux de ta maison et sur tes portes» (Dt 6, 4-9).

Ma mère ignorait probablement le mot à mot de ces paroles de la Sainte Écriture, mais elle se comportait comme si ce texte avait été gravé dans son esprit et dans son cœur. Elle en vivait et elle amenait ses enfants et sa famille à les pratiquer.

Pendant le carême, ma mère avait l'habitude, après le souper, de faire le catéchisme à toute la famille, y compris aux jeunes qui venaient à la maison et qui parfois passaient la nuit chez nous à cause de la distance. Elle commençait en disant: « Nous allons voir si nous nous Souvenons de notre catéchisme, pour ne pas avoir honte quand viendra le moment d'accomplir notre devoir pascal ».

Elle rappelait d'abord les dix commandements de Dieu: « Premièrement, aimer Dieu par-dessus tout. C'est le commandement qui me dérange le plus. Je ne suis jamais sûre d'aimer Dieu plus que mon époux et mes enfants. Mais Dieu est si bon qu'il me pardonnera et qu'il aura pitié de moi».

Puis elle énumérait chacun des autres commandements. Au sixième commandement, concernant la chasteté, elle s'arrêtait de nouveau et disait: « Ici, une grande prudence est de rigueur, car les tentations sont nombreuses, et nombreux aussi les dangers. »  Se tournant alors vers mon frère et mes sœurs, elle disait: « Vous, faites bien attention de ne pas vous laisser tromper et n'ayez aucun rapport avec quiconque vous propose de pareilles choses. Avant tout, la grâce de Dieu, notre réputation, notre honneur personnel et notre dignité. Au jour de mon mariage, Dieu m'a fait la grâce de Lui offrir la pure fleur de ma chasteté. J'ai déposé cette fleur sur son autel et j'ai reçu en retour d'autres fleurs, ces nouvelles vies qu'il a voulu me donner. C'est ainsi que Dieu m'a aidée et bénie. » Puis elle en venait aux commandements de l'Église, aux vertus théologales, aux œuvres de miséricorde, etc., selon le catéchisme du temps.

Mon père, mon frère et mes sœurs, à tour de rôle suivant l'âge, tous y passaient. Finalement venait le tour de la benjamine. Parfois mon père disait:

- Elle n'en a pas besoin, elle n'a pas encore fait sa première communion.

À quoi ma mère répliquait:

- Si, elle en a besoin, car le curé la met debout sur la table de la sacristie et il lui pose des questions auxquelles les autres ne savent que répondre; elle a donc besoin de tout savoir sur le bout du doigt.

J'écoutais et je répétais comme un perroquet, sans rien comprendre. N'empêche que ma mémoire retenait et que mon esprit en restait imprégné. Maintenant la nostalgie s'empare de moi quand je me rappelle ces temps heureux où l'innocence reçoit et retient tout comme autant de bons souvenirs mis en réserve.

La grande vertu de ma mère reposait sur le roc de la Loi de Dieu et celle de son Église. Tous ceux qui l'ont connue ou qui sont entrés en relation avec elle ont pu l'apprécier et l'admirer.

Le chanoine José Galamba de Oliveira me dit un jour à Valença do Minho: « Vous savez, votre mère est plus une femme de l'Ancien Testament qu'une femme de notre temps. »

Mémoires de Sœur Lucie II ( p 47 à 49 )

Résolutions
  • -          Approfondir et étudier le Catéchisme nous-même (Catéchisme de Saint Pie X, Catéchisme du Concile de Trente, Catéchisme de persévérance de Mgr Gaume, Mgr de Ségur)
  • -          Si vous en êtes capables, lancez-vous dans l’enseignement du catéchisme, avec les conseils d’un prêtre ou religieux de la Fidélité Catholique
  • -          Donnez, distribuez de bons livres, brochures …  Le choix ne manque pas ; si vous hésitez, demandez conseil à quelque personne de confiance.



mardi 12 décembre 2017

DÉCEMBRE 2017

Soin et visite des malades


Témoignage de Sœur Lucie dans ses Mémoires II (p 19 à 21)
On venait souvent demander à ma mère de se rendre chez une personne malade. Maman laissait tout et partait en confiant ce qu'il y avait à faire à une de mes sœurs plus âgée qui était à la maison. 

Je me souviens d'un jour où marraine Teresa était chez nous, bavardant avec ma mère. Entra un petit garçon, fils de Ti Prazeres, qui habitait la maison voisine de la nôtre, sur le côté gauche en direction de Casa Velha. Il venait demander à maman de se rendre chez lui, car sa mère était malade. Maman se leva aussitôt pour y aller, mais marraine Teresa lui dit: 

- Ma fille, tu ruines ta santé en voulant ainsi soigner tout le monde. 

Ma mère répondit: 

- Ne vous en faites pas. J'aide les autres, et Dieu m'aide. 

Lorsqu'il lui arrivait d'être appelée pendant la nuit, c'était mon père qui se levait pour répondre, puis transmettait la commission à maman et, tandis qu'elle s'habillait, il allumait la lanterne pour qu'elle ne se heurte à rien en chemin.

Quand a sévi l'épidémie de pneumonie, en 1918, il n'y avait à la maison que mes parents, mon frère Manuel, ma sœur Gloria et moi. Il me semble que ma sœur Carolina était à Leiria. L'épidémie a frappé presque tout le monde. Ma mère et ma sœur Gloria allaient de maison en maison soigner les malades. Un jour, l'oncle Marto avertit mon père de ne pas laisser aller maman et ses filles chez les malades pour les soigner, car c'était une épidémie très contagieuse et nous pourrions aussi tomber malades. 

Le soir, quand mon père rentra à la maison, il défendit à ma mère et à ses filles d'aller soigner les malades chez eux. Maman écouta, en silence, tout ce que mon père disait et répondit après: 

- Ecoute, tu as raison. C'est exactement comme tu le dis. Mais, regarde, comment pouvons-nous laisser mourir tous ces gens sans qu'ils aient un verre d'eau? Le mieux serait que tu viennes avec moi pour constater l'état dans lequel se trouvent ces personnes et juger si nous pouvons les laisser à l'abandon. 

Et, montrant du doigt une grande marmite suspendue dans la cheminée au-dessus du foyer, elle dit: 

- Tu vois cette marmite ? Elle est remplie de poulets. Quelques-uns ne sont même pas à nous: je les ai rapportés de chez les malades, car les nôtres ne suffiraient pas pour tous. Ils sont en train de cuire pour faire du bouillon. J'ai déjà les petites marmites, qui leur appartiennent. Si tu voulais m'accompagner, tu m'aiderais à porter les paniers contenant les marmites de bouillon et, en même temps, tu verrais et nous déciderions comment il faut agir. 

Mon père accepta. Ils remplirent les marmites de bouillon et ils partirent tous les deux avec deux paniers, un dans chaque main. Peu après, mon père rentra avec un bébé dans son petit berceau et il dit à ma sœur Gloria et à moi-même:

- Prenez soin de ce petit. Ses parents sont tous les deux au lit avec la fièvre et ne peuvent s'occuper de lui. 

Il sortit de nouveau et peu après rentra avec deux enfants qui pouvaient déjà marcher, mais ne pouvaient se débrouiller seuls, et il dit: 

- Occupez-vous encore de ces deux petits: ils ne font que pleurer autour du lit de leurs parents qui ont la fièvre et ne peuvent s'occuper d'eux. 

Et ainsi, il en ramena plusieurs, je ne me rappelle pas combien. 

Le lendemain, on vint nous dire que, chez tante Olimpia, tout le monde était également au lit avec la fièvre. Mes parents y allèrent aussi pour les soigner. Ils les trouvèrent légèrement mieux, mais quatre d'entre eux demeuraient toujours avec une fièvre qui les minait petit à petit et l'un après l'autre. En peu d'années, il en mourut quatre: François, Jacinthe, Florinda  et Teresa. 

Pendant cette période, mes parents ne faisaient qu'aller de maison en maison pour soigner les malades. Mon père et mon frère Manuel s'occupaient également des bêtes qui, dans leurs étables, hurlaient de faim; ils devaient traire les vaches pour donner du lait aux malades et aux enfants. A ceux-ci, on donnait également des soupes de pain ramolli dans du bouillon; aux plus grands, quelques bouts de viande mélangés au bouillon, avec un peu de riz; la même chose aux malades qui allaient mieux. 

Les besoins étaient tellement grands que mes parents n'hésitèrent pas à me laisser aller pour quelques nuits chez une veuve qui vivait seule avec un fils tuberculeux au dernier degré; cette veuve pouvait ainsi se reposer, sachant qu'il y avait dans la maison une fille de 11 ans capable de donner à son fils un verre d'eau ou une tasse de bouillon et qu'il pouvait appeler en cas de besoin. Je ne me souviens pas du nom de la femme ni du fils, mais de leur maison qui était entre celle de tante Olimpia et celle des forgerons. Pour y entrer, on montait un escalier de pierre qui donnait sur la rue. Le jeune malade passait les nuits, assis dans son lit, appuyé contre les oreillers, sans pouvoir respirer. Quelquefois j'allais à la cuisine chercher l'éventail et je l'agitais devant son visage pour lui donner un peu d'air. Quand il me voyait là, il était tellement content qu'il prétendait mieux dormir ces nuits-là. 

On avertit aussi mon père qu'il était téméraire de me laisser aller dans cette maison à cause du danger de contagion. Mon père répondit: 

- Dieu ne me payera pas par le mal, le bien que je fais pour Lui. 

Et il en fut ainsi. Mon père avait raison d'avoir confiance, car j'ai presque 82 ans et je n'ai pas encore ressenti le moindre symptôme de cette maladie.



Résolution :

Rappelons-nous quelques unes des œuvres de miséricorde corporelle : donner à manger à ceux qui ont faim, donner à boire à ceux qui ont soif, visiter les infirmes ...  En ce temps de Noël, pensons à visiter ou soulager l'un ou l'autre malade. 

vendredi 3 novembre 2017

NOVEMBRE 2017

Le soulagement des âmes du Purgatoire


FONDEMENT ET EXCELLENCE DE CETTE CHARITÉ :


Saint Thomas énonce le principe de cette doctrine relative aux suffrages pour les morts en disant « Tous les fidèles en état de grâce sont unis par la charité et sont les membres d'un seul corps, celui de l’église. Or dans un organisme, chaque membre est aidé par les autres, et donc chaque chrétien peut être aidé par le mérite des autres. ( IV Sent., d. 45, q. 2, a 1. qua 2 et Suppl. q. 71, a. 1) « Sans doute, est-il dit ibid., seul Jésus-Christ constitué tête de l'humanité a pu mériter en justice pour nous, mais chaque juste peut aider son prochain par le mérite de convenance ( Ce mérite de convenance est fondé non pas sur la justice, mais sur la charité, qui nous unit à Dieu. En raison de notre charité il accorde un secours à ceux que nous aimons. Cf. Ia, IIae, q. 114, a, 6), les œuvres satisfactoires et la prière. 

Et ce qui est dit du prochain, est vrai des âmes du purgatoire, car elles appartiennent à l'Église souffrante. 

C'est un devoir de charité d'aimer Dieu, auteur de la grâce par dessus tout, et d'aimer comme soi-même les enfants de Dieu et ceux appelés à le devenir, tous ceux qui sont appelés à la même béatitude éternelle que nous. Or ces âmes souffrantes sont par la grâce sanctifiante, enfants de Dieu, et elles le sont pour toujours ; la Sainte Trinité habite en elles, Jésus vit en elles intimement. Nous devons donc les aimer comme notre prochain, d'autant que plusieurs sont de la même famille terrestre que nous, et nous avons des devoirs spéciaux de charité envers les âmes de nos parents défunts. 

Cette charité doit s'exercer d'autant plus que ces âmes souffrantes ne peuvent plus rien faire pour elles-mêmes : elles ne peuvent plus mériter, ni satisfaire, ni recevoir les sacrements, ni gagner des indulgences ; elles ne peuvent qu'accepter et offrir leur souffrance ou satispassion. Et alors il convient grandement de les aider


Il faut en outre remarquer avec le P. Faber (Tout Pour Jésus, ch. 9 du Purgatoire, 2.) , qu'en travaillant pour ces âmes souffrantes, on travaille à coup sûr, car elles seront sûrement sauvées ; ce qu'on fait pour elles n'est jamais perdu. 

Enfin la charité exercée à leur égard est excellente, car elle contribue à donner à Dieu des âmes qu'Il attire à Lui, et à obtenir à ces âmes le plus grand de tous les dons : Dieu vu face à face ; à leur obtenir plus vite l'éternelle béatitude. En même temps s'accroît la joie accidentelle de Notre-Seigneur, de sa Sainte Mère et des Saints.

Extraits de : L'éternelle vie et la profondeur de l'âme (R.P. Garrigou-Lagrange)

Exemple : 


Le trait suivant, qui m’a paru singulièrement touchant est emprunté à l’abbé Postel, traducteur de Rossignoli. Je le cite, bien qu’il soit tout à fait moderne, sur la foi de et auteur estimé. (Merveilles du purgatoire.) 

Ce trait paraît être arrive à Paris en 7. 

Une pauvre servante, élevée chrétiennement dans son village, avait adopté la sainte pratique de faire dire, chaque mois, sur ses modiques épargnes, une messe pour les âmes souffrantes. 

Amenée avec ses maîtres à Paris, elle n’y manqua pas une seule fois. Se faisant d’ailleurs une loi d’assister elle-même au divin sacrifice, et d’unir ses prières à celles du prêtre, spécialement en faveur de l’âme dont l’expiation n’avait plus besoin que de quelque chose pour être achevée. C’était sa demande ordinaire. Dieu l’éprouva bientôt par une longue maladie, qui non seulement la fit cruellement souffrir, mais lui fit également perdre sa place, et épuiser ses dernières ressources. Le jour où elle put sortir de l’hospice, il ne lui restait plus que vingt sous pour tout argent. Après avoir fait au Ciel une prière pleine de confiance, elle se mit en quête d’une condition. On lui avait parlé d’un bureau de placement, à l’autre bout de la ville. Elle s’y rendait, lorsque l’église Sainte-Eustache se trouvant sur sa route, elle y entra. La vue d’un prêtre à l’autel lui rappela qu’elle avait manqué ce mois-là, à sa messe ordinaire des défunts, et que ce jour était précisément celui où depuis des années elle s’était procuré cette consolation. Mais comment faire ? Si elle se dessaisit de son dernier franc, il ne lui restera pas même de quoi apaiser sa faim. Ce fut un combat entre sa dévotion et la prudence humaine. La dévotion l’emporta : « Après tout, se dit-elle, le bon Dieu voit bien que c’est pour lui. Il ne saurait m’abandonner. » 

Elle entre à la sacristie, remet son offrande, puis assiste avec sa ferveur accoutumée à cette messe. 

Elle continuait sa route quelques instants après, pleine d’une inquiétude que l’on comprend. Dénuée de tout, que faire si un emploi lui manque ? Elle était dans ses pensées, quand un jeune homme pâle, d’une taille élancée, d’un air distingué, s’approche d’elle et lui dit : « Vous cherchez une place ? » 

« Oui, Monsieur » 

« Eh bien, allez à telle rue, tel numéro chez madame…. je crois que vous lui conviendrez et que vous serez bien là ! » Et il disparaît dans la foule des passants, sans attendre les remerciements de la pauvre fille. 

Elle se fait indiquer la rue, arrive au numéro, et monte à l’appartement qu’on lui désigne. Sur le palier, une domestique en sortait, un paquet sous le bras et murmurant des paroles de plainte et de colère. « Madame y est-elle ? », demande la nouvelle venue. « Peut-être oui, peut-être non, répond l’autre. Que m’importe ? Madame ouvrira elle-même si cela lui convient. Je n’ai plus à m’en mêler, adieu ! » 

Et elle descend, et notre pauvre fille sonne en tremblant, et une voix douce lui dit d’entrer. Elle se trouve en face d’une dame âgée, d’un aspect vénérable qui l’encourage à exposer sa demande. 

« Madame, dit la servante, j’ai appris que vous aviez besoin d’une femme de chambre, et je viens m’offrir à vous. On m’a assuré que vous m’accueilleriez avec bonté. » 

« Mais ma chère enfant, ce que vous dites là est bien extraordinaire. Ce matin, je n’avais absolument besoin de personne. Depuis une demi-heure seulement, j’ai chassé une insolente domestique, et il n’est personne au monde, hormis elle et moi, qui le sache encore ! Qui donc vous envoie ?» « C’est un Monsieur que j’ai rencontré dans la rue, qui m’a arrêtée pour cela, et j’en bénis Dieu car il faut absolument que je sois placée aujourd’hui, il ne me reste pas un sou ! » 

La vieille dame ne pouvait comprendre qui était ce personnage et se perdait en conjectures, lorsque la servante, levant les yeux au-dessus d’un meuble du petit salon, aperçut un portrait. « Tenez Madame, dit-elle aussitôt, ne cherchez pas plus longtemps, voilà exactement la figure du jeune homme qui m’a parlé, c’est de sa part que je viens ! » 

A ces mots, la dame pousse un grand cri, et semble prête à perdre connaissance. Elle se fait redire toute cette histoire, celle de la dévotion aux âmes du purgatoire, de la messe du matin, de la rencontre de l’étranger, puis se jetant au cou de la pauvre fille, elle l’embrasse avec effusion. « Vous ne serez point ma servante. Dès cet instant, je vous regarde comme mon enfant. C’est mon fils, mon fils unique que vous avez vu, mon fils mort depuis deux ans qui vous a dû sa délivrance, je n’en puis douter, et à qui Dieu a permis de vous envoyer ici. Soyez donc bénie, et désormais nous prierons ensemble pour tous ceux qui souffrent avant d’entrer dans la bienheureuse éternité. »

Extraits de : Le Purgatoire d'après les Révélations des Saints (Abbé Louvet )

Résolution

Quels sacrifices ferons-nous en ce mois spécialement consacré aux défunts pour soulager les âmes du purgatoire ?